En tant que spécialité visuelle, la dermatologie s’appuie depuis longtemps sur la reconnaissance des motifs, force qui a aussi façonné la manière dont elle est enseignée et pratiquée. Cependant, la Dre Joseph note que ces motifs ont toujours reflété un éventail plus restreint de personnes que celles qui veulent obtenir des soins. Par exemple, on enseigne aux médecins à déceler les « rougeurs » comme signe clé d’inflammation, mais celles-ci ne sont pas toujours présentes chez les personnes ayant un teint plus pigmenté.
Pourtant, la Dre Joseph considère que son domaine et son nouveau rôle vont bien au-delà de la simple promotion d’une meilleure représentation dans les manuels scolaires et les lignes directrices cliniques.
« Il s’agit de la manière dont la maladie est prise en charge, dont les traitements sont étudiés et dont les cliniciens se sentent confiants lorsqu’ils prennent des décisions », explique-t-elle.
Cette orientation s’étend à la conception et à la réalisation même de la recherche clinique. La Dre Joseph note que de nombreux traitements dermatologiques, surtout ceux destinés aux maladies immunitaires à évolution rapide, ont été étudiés chez des populations qui ne reflétaient pas pleinement la diversité des personnes qui les reçoivent aujourd’hui. Par conséquent, les questions relatives à l’efficacité, à l’innocuité et à la réponse en situation réelle n’ont pas toujours trouvé de réponse à un même degré pour toutes les personnes touchées par des affections cutanées.
En tant titulaire de la chaire AbbVie, la Dre Joseph encouragera une recherche dermatologique qui inclut délibérément des populations diverses, non seulement pour améliorer l’équité, mais aussi pour renforcer les données probantes sur lesquelles s’appuient les cliniciens lorsqu’ils prennent des décisions relatives au traitement. Selon elle, des études plus représentatives permettent d’offrir des soins plus précis, plus fiables et plus efficaces à tous.
« La recherche a une incidence directe sur la pratique, dit-elle. Si certaines personnes ne sont pas incluses dans une grande proportion dans les études cliniques, la même lacune sera présente en clinique. »
Son mandat couvre aussi l’éducation et la traduction clinique. En tant que titulaire de la chaire AbbVie, la Dre Joseph veillera à ce que les futurs cliniciens soient formés pour traiter en toute confiance tous les types de peau, et soutiendra l’adoption de nouvelles connaissances dans la pratique clinique quotidienne.
Selon elle, c’est pendant la formation que les changements les plus transformateurs et les plus durables peuvent s’opérer.
« Lorsque les stagiaires apprennent à évaluer les maladies cutanées sur divers types de peau et comprennent les obstacles auxquels les patients sont confrontés pour accéder aux soins, ces connaissances les accompagnent tout au long de leur carrière, explique la Dre Joseph. La formation devient un outil de guérison. »
Et ce travail en formation s’étendra bien au-delà de la dermatologie. Au Canada, la plupart des affections cutanées sont évaluées et traitées par des médecins de famille, des pédiatres et des urgentologues, ce qui rend indispensable une formation plus large et accessible en dermatologie.
« Les dermatologues représentent une très petite partie des cliniciens qui traitent les maladies cutanées, précise la Dre Joseph. Si nous voulons changer la manière dont les soins sont prodigués, nous devons nous adresser à toutes les personnes concernées, depuis la formation médicale de premier cycle jusqu’au perfectionnement professionnel continu dans toutes les spécialités. »
De plus, la sensibilisation et le partenariat sont au cœur du mandat de la chaire AbbVie. La Dre Joseph souligne l’importance de travailler en collaboration avec les communautés et les professionnels de la santé afin de comprendre les expériences vécues, d’instaurer la confiance et de garantir des soins adaptés à la culture.
« Lorsque la médecine devient plus inclusive, elle devient plus précise, dit-elle. Et lorsque les patients sentent qu’on les écoute et les comprend, ils sont plus enclins à participer pleinement à leur traitement. La confiance n’est pas rien; elle a une incidence directe sur la santé. »
Le travail de la Dre Joseph sera aussi axé sur la responsabilisation : fixer des objectifs significatifs, mesurer les progrès accomplis et veiller à ce que les engagements en faveur de l’équité ne se limitent pas à des moments d’attention accrue.
« Cela ne peut pas être lié au rendement, affirme-t-elle. Si nous voulons vraiment changer les choses, nous devons réfléchir à ce que nous avons réellement accompli et nous demander si cela a fait une différence. »